Vous les artistes, nous les critiques...

Vous les artistes et nous les critiques ! Un vieux couple avec tout ce que ça recouvre de bonheur, d'incompréhension, d'émotion, d'agacement, de tendresse. Comment le dire, comment l'écrire ? Comment transmettre ? Comment recevoir ? Aucune recette ne peut l'objectiver. Sans équivalent dans la partie francophone du pays, les Prix de la Critique tressent leurs lauriers depuis 1952, donc bien avant les Molières français... dont ils ne partagent pas la généalogie. Les lauréats des Molières sont désignés par “la profession”, avec des enjeux économiques et financiers importants. Et les pressions qui vont avec. Le jury des prix de la critique belge, bénévole, ne rassemble que des journalistes de la presse écrite, de la radio et de la toile. Leurs seules motivations: les coups de coeurs argumentés, en toute indépendance, sans calcul d'aucune sorte. En fin de saison, ce jury départage des centaines d'artistes de théâtre et de danse, pour ne retenir que trois noms dans chacune des treize catégories qui quadrillent la scène. Une quatorzième récompense, le prix « Bernadette Abraté », cheville ouvrière de nos Prix, disparue en 2002, honore le rayonnement d'une personnalité ou d'une institution en faveur de la scène. Ces quarante noms sont dévoilés aujourd'hui et vous pouvez la retrouver sur le site lesprixdelacritique.be. Chaque membre du jury s'est aussi engagé à y croquer le portrait des artistes ou spectacles élus. Une seconde délibération, la veille de la proclamation, choisit les lauréats de la saison 2014-2015. Les lieux de nos retrouvailles festives changent à travers la Wallonie et à Bruxelles. Nous nous devions d'être cette année à Mons, capitale européenne de la culture 2015. Les élus y seront connus le 19 octobre. Si les débats ont toujours été passionnés, voire saignants, des interrogations percent depuis quelque temps. Alors que l'offre théâtrale et dansée continue de s'étoffer, en dépit de la crise, l'espace critique dans les médias se réduit, quand ce n'est pas toute la culture qui est en danger à la télévision de service public. La critique doit-elle disparaître ? A quoi sert-elle ? Pourrait-elle être, humblement, le chaînon qui permet au public de connaître les artistes et de les suivre dans leurs aventures scéniques ? Les journalistes comprennent l'amertume des comédiens, metteurs en scène, quand ils estiment injuste un papier moins positif, ou dont les nuances ont été rabotées par le peu de place qui lui a été concédé. L’objectif n’est jamais de blesser ou de bâcler en trois mots un travail de longue haleine. La notation des spectacles par nombre d'étoiles est parfois mal perçue. Rappelons que deux étoiles signifient que l'on aime “beaucoup” un spectacle et trois “passionnément”. La critique perd tout sens si elle n’est pas férocement indépendante. Ni compromission, ni pression : au-delà de leurs sensibilités esthétiques, de leurs points de vue différents les journalistes respectent une règle absolue, l'honnêteté et le respect du spectateur, de l'artiste. Nous assumons notre subjectivité... en dépit d'affrontements récurrents, de menaces, d'intimidations, d'insultes qui visent certains d'entre-nous. Des figures puissantes d'institutions théâtrales, de grands artistes parfois, déclarent des journalistes persona non grata, brandissent des contrats publicitaires pour infléchir les avis, en appellent à la hiérarchie des quotidiens pour museler les rédacteurs. Les critiques acceptent... la critique, sur l'égal mode de l'honnêteté et du respect, mais à l'unanimité, ils refusent et dénoncent les pressions ainsi exercées, des oukases d'un autre temps.

Le jury des Prix de la Critique: Nurten Aka, Marie Baudet, Didier Béclard, Laurence Bertels, Camille de Marcilly, Michèle Friche, Muriel Hublet, Christian Jade, Catherine Makereel, Dominique Mussche, Nicolas Naizy.